La vie de Claire

La vocation du Ciel

 

 

A 7 ans,

Claire apprend le braille pour communiquer avec sa soeur qui ne voit pas.

Claire a 4 ans,

et la gazelle apprivoisée qui habite la jardin de la maison marocaine vient de mourir. Elle prend de la terre et de l’eau, fait de la boue, et va trouver sa maman : « Si je souffle dessus, est ce que ça fera une gazelle ? »

Février 1959,

Claire a 5 ans : elle rentre de l’école, très fière avec une croix de conduite autour du cou. Sa maman s’en félicite auprès de l’institutrice, qui lui répond : « Mais c'est qu'elle ne l'a pas méritée du tout ! Elle ne comprend rien à la discipline ! Voilà ce qui s'est passé : à la fin de la distribution, samedi, j'ai vu Claire sortir de son rang, l'air réjoui et confiant, pour venir aussi chercher une croix, avec une candeur et une assurance telles, que je n'ai pas eu le courage de la lui refuser. Elle n'aurait pas compris… ! »

Mai 1956,

Claire a deux ans : sa maman s’éloigne le temps d’aller communier et lui demande de rester sage même si elle est seule. Claire de répondre : « Je ne suis pas seule, je reste avec Jésus. »

26 novembre 1966, 13 ans

« Merci de m'avoir aidée à aimer X. Aujourd'hui je n'y suis pas très bien arrivée, j'ai serré les poings, mais vous avez dû voir que j'ai fait des efforts. Demain, aidez-moi à l'aimer encore plus. »

6 septembre 1969, à 15 ans

« C'est drôle en y réfléchissant que de motifs de bonheur peut on trouver en cherchant bien – La vie n'est que Bonheur – ce sont les hommes qui en font le malheur – si tout le monde pouvait le comprendre… »

6 février 1968, 14 ans

A ses parents : « Je suis très heureuse. J’ai du bonheur en trop, ça déborde. Voulez-vous que je vous en donne ? »

8 mars 1971, 17 ans

« Heureusement que Maman m’a appris à offrir le moindre acte, sinon le pauvre Bon Dieu serait bien mal accueilli dans mon âme. »

21 novembre 1973, 20 ans

« J'ai perdu en route mon insouciance, j'y ai bien émoussé ma gaieté (qui en découle). Mais cette école de contre-nature perpétuelle a exacerbé ma pureté et ma volonté de vivre. Je deviens adulte, ma petite, et c'est un passage douloureux. »

26 février 1973, à 19 ans

« Je me dis qu'au milieu de cette boue païenne il faut que je fleurisse par Dieu donc vivre Dieu, donc la Joie de Dieu »

4 octobre 1974, 20 ans

« La charité chrétienne, c’est d’aimer les autres parce que Dieu les aime. Voilà, entre autres, ce qui me bouleverse de joie divine. »

1er juillet 1973, 19 ans

« Je ne sais si c'est la chaleur ou la flemme, mais je vivote sans absolument cultiver ma foi, depuis pas mal de temps. Et quand je vais à la Messe et que je vois ces gens qui jouent les bigots et sont hypocrites très vraisemblablement, cela me dégoûte si profondément que je me fais des scrupules à ne pas faire comme eux. »

Père de Claire dans "Vivre Dieu dans la joie"

«Le destin de Claire, si bref en ce bas monde, offre un exemple insigne de foi et de pureté rayonnantes»

2 octobre 1974, 20 ans

« Au fond, avant, à part la messe du dimanche et mes familiarités avec la Sainte Vierge, je vivais comme une païenne, et je m’aperçois maintenant combien tout dans la vie doit être tourné vers Dieu et que si on le pense vraiment, cela ne demande même pas d’effort, car c’est tellement naturel. » 

12 novembre 1974, 21 ans

A ses parents : « Mais sentez-vous à quel point je suis heureuse ? Je me suis demandé toute la journée si la communion des cœurs existait à ce degré ? Je suis dans la félicité, la béatitude jamais expérimentée jusque là ; pourtant, Dieu sait combien je croyais qu'on ne pouvait être plus heureux que moi. C'est de la même valeur que le bonheur que l'on envie, de ces religieux cloîtrés ou moniales si rayonnants. »

1er novembre 1974, à 21 ans

Retour de Terre sainte : « Je m'émerveille de la quantité d'amour de Dieu et je l'admire aussi pour m'avoir donné tant de grâce en retour de Rien. »

25 septembre 1974, 20 ans

« Je commence à saisir le sens du mot Amour de Dieu : il ne faut pas, je crois, se passionner pour des questions adjacentes, mais tout pointer vers Dieu, et que vers Lui. »

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Naissance

Claire est née à Paris le 26 octobre 1953. Elle est l’unique enfant du mariage de Louis de Castelbajac avec Solange Rambaud mais a 4 frère et sœurs (qui ont entre 21 ans et 12 ans à sa naissance) nés d’un premier mariage de son père, veuf depuis plusieurs années.

 

Famille

Si Claire a une mauvaise santé, elle reçoit beaucoup d’amour au sein de sa nombreuse famille : elle a 5 demi-frères et demi-sœurs, enfants de son père dont la première épouse est décédée en 1946 : Jean (24 ans), Laurence (22 ans), Pauline (19 ans), Anne (15 ans), et Patrice (qui aurait eu 13 ans s’il n’était pas mort en bas âge). Même s’ils sont beaucoup plus âgés qu’elle et que les 3 aînés ne vivent plus à la maison, elle est tout de suite adoptée, chérie, et considérée comme leur sœur à part entière. Et puis il y a l’amour de ses parents, si heureux d’avoir une petite fille tant désirée !

 

Maroc

Claire passe les premières années de sa vie à Rabat, au Maroc, où son père est directeur de la Banque d’Etat. Elle est très aimée de ses parents et de ses frère et sœurs et bénéficie, dès sa plus tendre enfance, d’une éducation très soignée tant au plan humain qu’artistique ou spirituel.

 

Lauret

En 1959, elle rentre en France avec ses parents pour habiter une vaste demeure familiale dans la campagne gersoise : Lauret (prononcer Laurette). Lieu plein de charme et chargé d’histoire, entouré de champs et d’animaux de la ferme, avec son étable, sa cour intérieur, son rythme de vie simple et ses nombreux voisins, Lauret sera un repère pour Claire tout au long de sa vie et aura une grande influence sur elle dès son enfance.

Elle s’y épanouit et profite de beaucoup de temps libre. En effet, sa mère lui donne ses leçons à la maison pour veiller elle-même sur son éducation et parce que l’école est un peu loin et que des ennuis de santé empêchent Claire de rester déjeuner à la cantine. Car si Claire est une enfant au tempérament joyeux, entier et même parfois exubérant, sa santé n’est pas très solide : elle a des problèmes digestifs, respiratoires et des maux petits ou grands récurrents.

 

Souffrir mais se tourner vers les autres

Claire apprend donc très jeune à faire face à la souffrance et à lui donner du sens en se tournant vers les autres au lieu d’en faire une occasion de repli sur soi. Très généreuse, elle aimerait donner tout ce qu’elle possède à d’autres qui n’ont pas sa chance. Ainsi, alors qu’elle a à peine 4 ans, vers Noël, elle prépare des colis mal empaquetés pour les envoyer à des enfants pauvres : son papa est obligé de faire semblant de les emporter avec lui au bureau pour calmer son impatience de les voir postés !

 

Cap sur la sainteté

Ce caractère entier lui vaut de vrais combats pour apprendre à canaliser ses violentes colères mais lui donne une capacité d’aimer, de s’émerveiller et de rendre grâce qui ne la quitteront jamais. Son secret, dès sa première communion, est de vouloir être sainte comme elle le dit un jour à son père à table :
- «Papa, vous savez ce que je veux être plus tard ?
- Oui, je le devine, tu veux être religieuse.
- Non, c'est plus fort que ça.
- Alors je ne devine pas.
- Je veux être sainte, voilà ! C'est plus fort que d'être religieuse, hein ?» (huit ans et demi)

Pensionnaire

A son entrée en 6ème, Claire part comme pensionnaire au Sacré-Cœur de Toulouse. C’est une étape douloureuse pour cette petite fille encore toute jeune qui a toujours été très proche de ses parents et a grandi au rythme des saisons agricoles. L’éducation reçue des religieuse est assez stricte mais par ailleurs pleine de délicatesse et de profondeur spirituelle et Claire est bientôt très heureuse au Sacré-Cœur. Elle lie de profondes amitiés avec des camarades de classe.

 

Une foi qui grandit

Ces premières années de pension sont pour Claire l’occasion d’approfondir sa foi, de se l’approprier pour pouvoir en témoigner. Son souci missionnaire est très fort et elle rêve d’aller annoncer l’Evangile au bout du monde. Elle réalise cependant que sa vie chrétienne commence sur place et qu’elle connaît de vraies luttes intérieures pour apprendre à côtoyer des élèves qu’elle n’apprécie pas toujours de façon spontanée. Elle découvre ainsi de nouvelles exigences de son désir de sainteté et la beauté d’une joie choisie plutôt qu’innée. « Sois gaie et indulgente », se répète-t-elle souvent.

 

Lycéenne

Les années de lycée sont plus difficiles car Claire doit changer d’établissement scolaire et ne s’y plaît pas. Elle finit même par tomber malade et termine son année de seconde par correspondance depuis Lauret. Là, elle met en place une chorale avec des enfants des environs pour aller chanter auprès de personnes âgées ou handicapées et promène sa joie et son enthousiasme autour d’elle. A nouveau à Toulouse à son entrée en première, elle continue à veiller sur les autres en apportant des gâteaux aux personnes sans-abri ou en visitant des personnes isolées.

Elle n’est pas épargnée pourtant par des ennuis de santé parfois sérieux comme une sciatique qui la cloue sur un lit d’hôpital durant plusieurs mois et l’obligera à passer son bac à la session de septembre en 1971.

 

Etudiante

Une fois son bac en poche, Claire commence des études d’histoire de l’Art à Toulouse mais son objectif est d’intégrer une école de restauration d’œuvres d’art à Rome. Elle travaille d’arrache-pied pour réussir le difficile concours d’entrée (en italien) et est admise à la fin de l’année 1972.

 

Tentations

Claire s’installe donc à Rome. Ses études la passionnent mais elle est vite déçue par l’atmosphère de l’école et les étudiants qu’elle côtoie. Elle qui pensait que le contact avec la beauté artistique ne pouvait qu’élever l’âme vers Dieu se retrouve au milieu d’étudiants tous plus ou moins athées et vivement intéressés par cette petite Française joyeuse et séduisante. Claire découvre qu’elle n’est pas indifférente à ce succès auprès des garçons et bataille ferme pour rester cohérente avec son idéal de pureté et de foi. Son attachement à la Vierge Marie, sa fidélité à la Messe et à la confession lui sont plus que nécessaires dans cette période de tentations.

 

Déboussolée…

La situation est d’autant plus difficile pour Claire qu’elle se retrouve très seule dans cette Rome où elle ne connaît pas grand monde. C’est pourquoi lorsqu’elle rencontre deux jeunes Françaises de son âge, issues du même milieu qu’elle et intéressées par les mêmes études, elle se jette dans ces amitiés comme sur une bouée de sauvetage. Malheureusement, ces deux jeunes filles ne partagent pas sa foi et, sous leur influence, un peu grisée aussi par sa liberté d’étudiante expatriée, Claire glisse peu à peu dans une vie assez superficielle. Elle s’amuse beaucoup, travaille peu, continue à aller la messe mais perd sa joie et la profondeur de sa foi en est affectée.

 

Retrouver le cap

Mais au fil des mois, la relation de Claire avec ses amies commence à se dégrader. Elle sent bien que passer sa vie à ne faire que ce qui lui passe par la tête au moment où cela lui passe par la tête, sans faire d’effort ni veiller à cultiver sa vie spirituelle ne la comble pas. Elle met donc de la distance avec ces jeunes filles et se retrouve bien seule. Triste, humiliée par sa dégringolade humaine, scolaire et spirituelle, elle s’efforce de retrouver ce qui l’a toujours fait vivre : sa relation personnelle avec le Christ.

C’est là que, comme le Père de l’enfant prodigue dans la parabole (Cf. Luc 15), le Seigneur va venir à sa rencontre. En effet, durant l’été 1974, une jeune fille que Claire a rencontrée depuis peu, l’invite à se joindre à elle pour un pèlerinage en Terre Sainte. Ce temps de grâce va être pour Claire celui d’une nouvelle conversion.

Pèlerinage en Terre Sainte

En septembre 1974, Claire part pour trois semaines en Terre Sainte. Le groupe de jeunes de grande qualité auxquel elle se joint est accompagné par un Père Dominicain. Ensemble, ils vont parcourir cette Terre foulée par le Christ et Claire va y vivre une expérience spirituelle très forte. Elle découvre l’amour de Dieu, « étonnant et tout simple », et se laisse envahir par lui. A son retour, elle est transformée, dans une paix et une joie profonde, encore jamais expérimentée jusque-là. Claire est tout ouverte au Seigneur, transparente de la lumière de Dieu.

 

Assise

Elle est alors envoyée à Assise, avec d’autres élèves de l’Institut de Restauration, pour un chantier de restauration des fresques de la basilique St-François. Elle a le privilège d’y restaurer le portrait de sa sainte patronne et ce temps à Assise va lui permettre de laisser descendre en elle les grâces reçues lors de son pèlerinage. Elle loge chez des Bénédictines, dans le silence et la prière, et tous ceux qui la côtoient sont bouleversés par la lumière qui l’habite. A son retour chez elle pour passer les vacances de Noël elle déclare à sa mère : « Je suis mûre pour de grande choses, mais je ne sais pas lesquelles. »

 

Dernières semaines sur cette terre

Au cours de ces vacances de Noël en France, Claire va passer une journée à Lourdes avec ses parents et une amie. Lourdes a toujours été pour elle un lieu très important et elle aime aller prier à la grotte. Cette fois-ci pourtant sa prière se prolonge étonnamment et lorsque sa mère finit par lui faire signe qu’il faut s’en aller, elle est saisie par le visage de sa fille, elle a le pressentiment qu’il s’est passé quelque chose entre Claire et la Ste Vierge. Claire reste silencieuse et Mme de Castelbajac ne pose pas de question…

Quelques jours plus tard, au moment où elle s’apprête à repartir pour l’Italie, Claire tombe malade. On pense d’abord à une petite grippe mais son état se dégrade soudain et le diagnostic tombe : il s’agit d’une méningite virale. Hospitalisée d’urgence, Claire sombre peu à peu dans le coma. Dans ses moments de lucidité elle ne cesse de remercier ceux qui l’entourent, de leur dire son amour, mais elle parle de moins en moins.

Quelques jours avant sa mort, l’ancien curé de son village vient lui rendre visite, elle le reconnaît et, demandant l’Eucharistie, elle s’exclame « Apportez-moi, apportez-moi, il faut que je Le loue ! » Elle retombe alors dans l’inconscience. Elle n’en sortira plus qu’une fois : le dimanche 19 janvier, alors qu’on la croit endormie, elle parle tout à coup, très fort : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce… ». Sa mère continue la prière. A chaque fin d’Ave, Claire murmure « Et puis… et puis… » Ce fut son ultime prière. Malgré les soins reçus, elle s’envole pour l’éternité où Dieu l’attend le 22 janvier 1975.